Lepidoptera

La prairie enchantée des fleurs qui volent

Dans mon enfance, je me souviens, je tendais la main pour y accueillir un papillon. La prairie était encombrée de couleurs et d’ailes qui furetaient de partout. Mes oreilles bourdonnaient de musique sous le soleil éblouissant, entouré d’un orchestre champêtre ou oiseaux et grillons rivalisaient avec les bourdons et les abeilles.

Sur ma colline du Mormont, depuis le chalet de mon grand-père, un chemin blanc de poussière coupait les champs. il montait raide sous le cimetière puis continuait vers la lisière de la forêt où je n’osais m’aventurer. En haut, près du sommet, il s’arrêtait au refuge, que mon grand-père avait construit là exprès.
Par endroit dans les champs, la roche calcaire affleurait et refusait la charrue, endroit colonisé par l’aubépine et de nombreuses vipères.
Le temps a passé, la colline a changé. Ma colline est déjà désertée des sons et des papillons de mon enfance. Ma colline se meurt. Ma colline va disparaitre, transformée en ciment !

 

Disparue

Papillon je ne te vois plus sur ma colline ! ils ont presque tous disparu des champs.

Que reste-t-il sur ma colline du Mormont sans les papillons ? Des champs caressés par le vent ?
Et mes grands-parents dans le cimetière là, sur le Mormont, mais pour combien de temps ?
Déjà, les beaux tilleuls centenaires du cimetière ont disparu avec le temps.
Sans les tilleuls, les abeilles de mon grand-père ne sont pas revenues au printemps.
Le cimetière en a perdu son âme. Seul un silence de mort s’y est installé avec le vent.

Et là, juste dans le contour, la fourmilière de mon enfance aussi haute que moi, je ne la vois plus !
Elle a disparu sous le goudron, comme le joli chemin de ma colline qui ne se voit plus.
Où sont donc les nombreuses vipères qui s’enfuyaient sous mes pas d’enfants affolés sur les roches du pendu ?
Je ne les trouve plus. Je crois que le champ de blé s’est étendu.

Et en haut la petite source aux pigeons en bordure de la forêt, elle ne coule plus ?
Bien oui, en dessus la forêt a aussi disparu !
En le refuge que mon grand-père avait construit sous le sommet, je ne le trouve plus !
Un grand trou vide encercle le sommet du Mormont et le chemin s’y est perdu.

Les papillons, les abeilles, les tilleuls, les vipères, ma fourmilière et c’est ma colline qui meurt maintenant !
La cimenterie Holcim en bas, mange sa belle pierre jaune à belles dents.
Pauvre Mormont de mon enfance, transformé en ciment pour bétonner les champs.
Pauvres champs de mon pays bientôt tous couverts de routes, de villas et de bâtiments.
Pauvres papillons disparus des champs à nonante-neuf pour cent. ✝ ✝ ✝